CHAPITRE 03 Tendances et meilleures pratiques en matière de planification de la relève du chef de la direction
Notre analyse : planifier le succès
Pleins feux sur Air Canada et Amazon : la rigueur de la planification de la relève et des communications connexes porte ses fruits
La planification de la relève du chef de la direction devra sans doute se faire de façon fort différente dans l’ère postpandémique. D’abord, le « marché » des cadres supérieurs talentueux pourrait devenir plus compétitif si plusieurs d’entre eux quittent définitivement le marché du travail après avoir aidé leur entreprise à surmonter les épreuves de la pandémie. Deuxièmement, nous pouvons nous attendre à ce que l’évaluation des chefs de la direction accorde une importance accrue aux critères liés aux questions ESG. Les données recueillies révèlent que l’écart entre le taux de roulement des chefs de la direction des sociétés plus performantes et celui des sociétés moins performantes rétrécit, fait qui laisse entendre que des facteurs autres que les résultats financiers, les communications avec les parties prenantes et la diversité et l’inclusion deviennent de plus en plus importants pour les conseils et les parties prenantes. Enfin, il est essentiel que les conseils continuent de faire preuve de vigilance dans leurs enquêtes sur les plaintes des dénonciateurs et qu’ils règlent sans tarder tout cas d’inconduite de la part du chef de la direction, étant donné les conséquences désastreuses qu’un manquement à cette obligation peut avoir sur la confiance des investisseurs. Comme les exigences à l’égard des membres de la haute direction s’étendent désormais au-delà des bénéfices trimestriels, les conseils doivent prendre le temps de réévaluer leurs stratégies actuelles et de mieux se positionner pour affronter les changements rapides que leur réserve l’avenir. Il est essentiel de mettre en œuvre un plan de relève qui soit non seulement suffisamment solide pour résister à la volatilité contextuelle, mais aussi clairement communiqué de manière à préserver la confiance des investisseurs.
Parmi les départs de chefs de la direction les plus marquants et les plus médiatisés de ces dernières années, ceux de Calin Rovinescu d’Air Canada, inscrite à la cote de la TSX, et de Jeff Bezos d’Amazon.com, Inc., inscrite à la cote de la Bourse de New York, qui ont tous deux eu lieu en 2021, figurent en tête de liste et sont représentatifs de plusieurs des meilleures pratiques en matière de planification de la relève. – Donner un long préavis. Air Canada et Amazon ont toutes deux donné un préavis considérable du départ de leur chef de la direction et de la planification de la relève en cours. Air Canada a donné au marché 122 jours pour assimiler la nouvelle de la retraite de Rovinescu, et Amazon a annoncé 153 jours d’avance la démission de Bezos. Ces longs délais ont non seulement permis de réaliser la transition en douceur, mais ont également indiqué clairement aux actionnaires et aux autres parties prenantes qu’ils pouvaient compter sur le fait que les sociétés étaient organisées et bien préparées à ce changement à la tête de leur équipe de direction. – Se tourner vers des candidats internes ayant une vision cohérente avec celle de leur prédécesseur. Air Canada et Amazon ont toutes deux nommé un successeur qui était déjà membre de la haute direction. Air Canada a fait appel à Michael Rousseau, alors chef de la direction adjoint et chef des affaires financières, et Amazon a promu Andy Jassy, alors chef de la direction d’Amazon Web Services. Tous deux ont apporté une expérience substantielle à leurs nouvelles fonctions, acquise dans un cas à un poste crucial de la haute direction de la société et dans l’autre, à la direction de l’un des principaux secteurs d’activité de la société. Dans les deux cas, les nouveaux chefs de la direction ont été bien accueillis pour leur position et leur vision de l’avenir à l’égard de l’entreprise en harmonie avec celles de leurs prédécesseurs. Cette cohérence a permis de dissiper les
craintes de l’imminence d’un changement stratégique majeur (et potentiellement très perturbateur) pour leur entreprise. – Nommer le chef de la direction sortant à la présidence du conseil. Le fait que Bezos est demeuré présent en tant que président du conseil est un élément majeur de la transition d’Amazon à un nouveau chef de la direction, comme cela a été le cas pour d’autres transitions récentes réussies comme celles de MasterCard Inc. et de Merck & Co., Inc. Amazon a probablement ainsi contribué à rassurer les actionnaires sur le fait que Bezos continuerait d’exercer une influence considérable sur l’avenir de la société, facteur particulièrement important dans le cas d’une société, comme Amazon, dont le chef de la direction en est le fondateur. La réussite de l’approche suivie par Air Canada et Amazon met en évidence les avantages d’un mécanisme de relève bien planifié et bien communiqué. Fait remarquable, les deux sociétés n’ont connu que de légères variations du cours de leurs actions à l’annonce de la transition prévue. Le cours de l’action d’Amazon n’a baissé que de 2 % le jour de l’annonce, et celui d’Air Canada a augmenté de 1 %. En comparaison, en février 2022, l’annonce du départ de Dax Dasilva, chef de la direction de Lightspeed Commerce Inc., société inscrite à la cote de la TSX, a entraîné une chute du cours de l’action de plus de 16 %. Les investisseurs ont réagi négativement au fait que Lightspeed n’avait pas annoncé à l’avance ce changement à sa haute direction. De plus, le changement est survenu à un moment où la société connaissait des événements turbulents, étant à la fois en cours d’intégration d’acquisitions et visée par la campagne d’un vendeur à découvert. Ces études de cas révèlent à quel point la clarté et la cohérence peuvent contribuer à renforcer la confiance des actionnaires et à apaiser les craintes souvent soulevées par le départ d’un chef de la direction.
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Davies | dwpv.com
Rapport sur la gouvernance 2022
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